Voici la question orale posée lors de la séance du Parlement de la Communauté française du lundi 1er mars 2010 à M. Jean-Marc Nollet, vice-président et Ministre de l’Enfance, de la Recherche et de la Fonction publique, intitulée « concours pour enfants ». Vous trouverez également la réponse du Ministre Jean-Marc Nollet à mes interrogations.
Mme Annick Saudoyer (PS). – Voici peu, l’Espace Magnum, situé à Wasmes, a accueilli un événement hors du commun, la finale de « Star Kids ». Il s’agit d’un grand casting destiné aux enfants âgés de quelques mois à 13 ans. Comme dans un défilé classique de mode, on y trouve mannequins, photographes, jury, etc., mais les vedettes du jour sont des enfants !
Organisés depuis septembre 2005, ces fameux concours « Star Kids » ont pour but, selon les organisateurs, de permettre aux candidats de commencer, dès leur plus jeune âge, l’apprentissage du maintien, du sourire et de l’expression. Ces organisateurs sont d’ailleurs persuadés que les bambins rêvent de ces défilés entourés de paillettes et de magie. La finalité de ces castings est de leur ouvrir les portes des plus grandes agences internationales, ce qui leur permettra éventuellement de travailler pour des films, des publicités, des magazines, des courts métrages, voire d’être connus dans le domaine musical.
Au départ, 1.200 candidats venant de toute la Communauté française se sont présentés. Près de 120 ont participé à la grande finale, fin janvier, à l’Espace Magnum. Ces petits bouts ont ainsi défilé sous les projecteurs et sous les flashs des photographes.
En Amérique, les concours de « Mini Miss » et autres castings destinés à nos charmantes petites têtes blondes ont un succès impressionnant. Les pratiques qui y sont développées sont souvent limites. Ces concours ont tendance à se développer chez nous, bien que l’on soit encore loin des dérives rencontrées aux Etats-Unis. Ils suscitent toutefois de nombreuses questions.
Tout d’abord, les enfants qui défilent sont souvent « vieillis ». Ils sont maquillés et leurs vêtements s’inspirent de ceux des adultes. On trouve même des strings spéciaux pour les petites filles. On les fait ressembler à des adultes alors qu’ils ne sont encore que des enfants.
Ensuite, il n’est pas rare de constater que les enfants sont parfois obligés de « faire les beaux » pour permettre à leurs parents de vivre leur réussite par procuration. L’enfant est ainsi considéré comme le roi à la maison. Puisqu’il comble les désirs de ses parents, il peut tout faire. Bref, il grandit avec le sentiment d’être le centre du monde !
Il y a aussi tout ce qui touche à l’argent. Quand un enfant devient la vedette d’une publicité ou d’un film, il gagne le pactole. Cet argent si facilement gagné, même s’il est censé être bloqué sur un compte jusqu’aux dix-huit ans de la jeune star, a de fortes chances de faire tourner les têtes, aussi bien de l’enfant que de ses parents.
Dans certains cas malheureux, des dégâts psychologiques importants ont été causés à l’enfant. On peut également nourrir des craintes pour la scolarité de ces bébés stars, leur socialisation, etc. Certaines dérives peuvent même se produire, l’enfant étant exploité ou harassé de travail. Cela peut aisément mener à une forme de maltraitance ou au travail des enfants, ce que nous rejetons avec vigueur car en désaccord total avec nos valeurs et la Convention internationale des droits de l’enfant.
Nous ne pouvons que condamner toutes les dérives que ce genre d’événements peut engendrer. L’industrie de la mode, de la publicité et des mass médias joue un jeu dangereux avec des êtres humains en construction pour assouvir des besoins purement mercantiles et présenter une vision unique du bonheur. Sommes-nous assez outillés pour faire face à ces dérives ?
En tant que ministre de l’Enfance, que pensez-vous de ce genre d’événements ? Êtes-vous informé systématiquement de l’organisation de ce type de concours destinés aux enfants ? Comment peut-on s’assurer que ces concours soient bien encadrés ? Les « enfants-stars » bénéficient-ils de conditions particulières, notamment en termes de fréquentation scolaire ? Une information et un accompagnement sont-ils assurés autour d’événements comme « Star Kids », afin de prévenir les problèmes liés au travail des enfants ou à la maltraitance ? Enfin, monsieur le ministre, vous êtes-vous concerté sur la question avec le délégué général aux droits de l’enfant ?
Réponse de M. Jean-Marc Nollet, vice-président et ministre de l’Enfance, de la Recherche et de la Fonction publique. – Il s’agit effectivement d’un débat extrêmement important. L’article 32 de la Convention internationale des Droits de l’enfant reconnaît le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation, de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social.
En Belgique, la loi est simple et formelle : le travail des enfants est interdit et ce, depuis plus d’un siècle. Cela étant, de nombreux enfants exercent aujourd’hui des activités qui dépassent largement le cadre de leur temps libre. Il fallait donc encadrer celles-ci par une loi, qui prévoit par ailleurs quelques exceptions aux principes. C’est ainsi que des dérogations peuvent être accordées pour la participation des enfants à des manifestations à caractère culturel, scientifique, éducatif ou artistique, telles que théâtre, opéra, ballet, concours de chant ou de danse. Ces dérogations peuvent aussi concerner la participation à des prises de vue ou de son, à une émission en direct à la radio ou à la télévision, à des séances de photos ou des défilés de mode. En introduisant une demande, l’organisateur s’engage à garantir que l’activité ne puisse avoir aucune influence désavantageuse sur l’enfant. Les personnes responsables de l’enfant doivent avoir donné leur accord préalable. Si l’enfant est soumis à l’obligation scolaire, l’avis du directeur de l’école doit être demandé préalablement.
Cependant, la participation des enfants à de telles activités, singulièrement celles du type concours ou casting que vous évoquez, doit aussi être envisagée sous l’angle de la bientraitance. Dans la situation qui nous intéresse aujourd’hui, la question peut être posée de savoir si le désir des parents ne prime pas sur celui de l’enfant et si l’enfant n’a pas fait sien le désir de ses parents. Une telle situation n’est pas saine pour l’enfant et pourrait causer des effets néfastes à plus long terme. L’emmener dans de tels projets est le priver en partie de son enfance.
Dernièrement, en réponse à M. Senesael, j’ai abordé la notion d’« enfant-roi », et cela fut pour moi l’occasion de mettre en lumière le travail de l’ONE relatif au soutien à la parentalité. Celui-ci se traduit, entre autres, par l’élaboration d’un carnet des parents ou la diffusion de séquences intitulées « Un air de famille » à la RTBF et sur le site Web de l’ONE. Ce travail de soutien à la parentalité se traduit aussi chaque année par des campagnes thématiques.
Une de ces campagnes portait sur les limites et les repères dans l’éducation.
Lorsque des enfants sont poussés trop vite à entrer dans le monde des adultes au détriment de leur développement, comme lors des concours de mini miss, comme l’appellation le laisse clairement entendre, on fait jouer aux enfants un rôle d’adulte. Or les mondes de l’enfant et de l’adulte sont différents. Exposer les enfants au monde des adultes, assorti de critères de séduction et de sexualité, est évidemment à proscrire.
Ces pratiques inquiètent le délégué général aux droits de l’enfant. Il a été interpellé à de nombreuses reprises sur le sujet, de manière informelle jusqu’à présent. Nous avons dès lors convenu d’une collaboration entre nos équipes. D’autres partenaires institutionnels se penchent également sur la problématique. Par ailleurs, Yapaka, la cellule de coordination de la maltraitance initiée par la Communauté française, a rédigé une carte blanche sur le concours des mini miss, parue samedi dernier dans La Libre Belgique. Ces concours sont en général d’initiative privée et ne m’ont jamais été annoncés. Rien à ce stade ne les oblige à le faire. Les organisateurs doivent se conformer à la loi qui inclut la nécessité de ne pas mener une activité qui serait désavantageuse pour l’enfant. Je ne souhaite absolument pas encourager le développement de ce type d’initiatives.
Mme Annick Saudoyer (PS). – Nous partageons le même point de vue, monsieur le ministre. Il faut cependant rester vigilant et envisager de modifier la loi. Les organisateurs promettent certes de se soumettre aux règlements, mais le danger vient souvent des parents eux-mêmes, comme nous le constatons parfois aux États-Unis. Ces concours sont de plus en plus nombreux dans notre pays. Nous devons être attentifs afin d’empêcher toute dérive.

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