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annick-site4Voici la question orale posée lors de la séance du Parlement wallon du lundi 9 novembre 2009 à  M. Benoît Lutgen, Ministre des Travaux Publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, sur « les conséquences sanitaires de la présence massive des renards ». Vous y trouverez également la réponse du Ministre Lutgen et la discussion qui a suivi.

 

Mme Annick Saudoyer (PS). – Monsieur le Ministre, depuis quelques années maintenant, le Gouvernement français a décidé de lutter drastiquement contre la prolifération des renards. En 2008, pas moins de 5.258 renards ont été capturés par des piégeurs agréés. C’est 10% en plus que 2007, puisque 500 renards en plus ont été capturés en 2008.photo-renard-site-lutgen-11

Ce qui est inquiétant, c’est que d’après les informations fournies par les autorités françaises, presque sept renards sur dix sont porteurs d’une maladie aussi grave que méconnue, si ce n’est des chasseurs ou des agriculteurs : l’échinococcose alvéolaire. C’est une maladie parasitaire qui peut se transmettre à l’homme et avoir des conséquences dramatiques, allant jusqu’à la mort de la personne contaminée !

Le renard ne connaît pas les frontières et passe chez nous, dans nos contrées.

Si la seule étude menée sur la question en Région Wallonne remonte à 2003 où sur 178 renards abattus, 41% étaient atteints de l’échinococcose alvéolaire, la situation actuelle est en effet assurément identique à celle rencontrée de l’autre côté de la frontière.

photo-renard-site-lutgen-21Le président du Conseil cynégétique de la vallée de l’Escaut, lui-même chasseur, précise que 29 renards ont été abattus en à peine quatre mois sur les villages d’Obigies et d’Hérinnes. En raison de l’Escaut qui empêche les renards de traverser le fleuve (le renard sait nager mais il ne plonge que pour échapper à un danger) ou encore du Mont-Saint-Aubert, où certains espaces sont interdits de chasse, la vallée de l’Escaut abrite un nombre impressionnant de renards.

C’est une évidence, l’homme n’en fait pas assez pour limiter la progression du renard. D’où un risque constant et inquiétant de contamination à l’échinococcose alvéolaire.

Monsieur le Ministre, envisagez-vous d’agréer des piégeurs pour lutter contre la prolifération des renards dans certaines régions comme le fait la France ?

Des campagnes particulières d’information et de sensibilisation sont-elles prévues à l’égard des publics cibles que sont les chasseurs, les agriculteurs, les agents du DNF ou encore les travailleurs de la filière bois ?lutgen

Réponse de M. Benoît Lutgen, Ministre des Travaux Publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine. – Madame Saudoyer, c’est la première question que vous me posez. C’est chaque fois un plaisir et un bonheur.

Je pourrais vous répondre en vous disant : « Demandez à votre voisin », puisque c’est un grand chasseur.

Concernant les aspects de santé humaine et animale, cela relève des compétences du Fédéral. Nous ne sommes compétents que pour la partie en matière de faune sauvage. On a une responsabilité importante sur cette partie-là.

L’agent de l’échinococcose alvéolaire a été identifié pour la première fois en Belgique chez le renard roux en 1992, par le Docteur Brochier et ses collaborateurs. Ses auteurs ont rapporté une incidence de 15,3% au sein de la population de renards de la Province de Luxembourg. Depuis cette époque, ces données ont été précisées et complétées par différentes études réalisées dans toutes les parties de la Wallonie, notamment par le professeur Lochon et ses collaborateurs.

Le parasite est présent dans la plupart des régions, mais avec des différences très importantes en ce qui concerne son incidence: environ 33 % pour le plateau ardennais et moins de 1 % dans le pays de Herve, si je prends les écarts les plus importants.

Les moyens de régulation existant aujourd’hui pour le renard sont très étendus, puisque sa chasse est ouverte toute l’année. Sa régulation en vue de prévenir des dommages importants aux élevages, ou dans l’intérêt de la faune, peut s’effectuer à l’arme à feu dans l’heure précédent le lever du soleil jusqu’à l’heure qui suit son coucher, ou sur autorisation du Département de la nature et des forêts, de jour comme de nuit, au moyen de différents types de pièges spécifiques.

Cela étant, j’ai demandé très récemment à mon administration d’étudier l’intérêt et la possibilité d’étendre davantage les moyens de régulation des populations du renard dans notre belle région. De même, je solliciterai, sur cette question, l’avis du Conseil supérieur wallon de la chasse. Je pense par exemple à des simplifications administratives pour la pratique de la régulation, à un encouragement de l’application de chasseur et d’autres auxiliaires cynégétiques, qui seraient formés dans le contrôle des renards en milieu urbain ou dans des zones non chassées.

Troisièmement, plusieurs campagnes de sensibilisation du public et de la profession médicale ont eu lieu en Belgique à l’initiative du SPF Santé, en collaboration avec la Communauté française et d’un laboratoire de référence, l’Hôpital Erasme. Je vous renvois donc à différentes brochures d’informations qui ont été préparées notamment par Mme Ducoffre, de l’Institut scientifique de Santé publique, section épidémiologique, et ses collaborateurs. Cette brochure est d’ailleurs téléchargeable sur le site internet de cet institut.

J’ai aussi donné instruction à mon administration de diffuser cette brochure d’information à tous ses agents ainsi qu’au CRIE et tout autre public susceptible d’être concerné par ces zoonoses.

Je vous précise les gestes simples de prévention contre cette zoonose, à respecter en zone endémique:

  • porter des gants à usage unique et un masque pour manipuler les renards et autres animaux infectés, vivants ou morts, ainsi que leurs excréments ;
  • éviter de consommer des légumes crus provenant de jardins accessibles à des renards, ou des fruits sauvages provenant d’un endroit potentiellement souillé par des renards infectés; le lavage ne suffit pas, il faut absolument les cuire avant de la consommer. Conditions de cuisson: 10 minutes à 60 degrés, ou 5 minutes à 70 degrés, ou 1 minutes à 100 degrés. Je rappelle que la congélation à moins 18 degrés est sans effet ;
  • se laver les mains, à l’eau chaude et au savon, après tout travail impliquant un contact avec de la terre potentiellement contaminée, je pense aux travaux agricoles, au jardinage, ou après avoir brossé ou caressé un chien ou un chat ayant séjourné dans une région à risque;
  • vermifuger, toutes les quatre semaines, avec un médicament actif sur ces parasites, les chiens et les chats dans une région potentiellement à risque.

C’est un sujet auquel on ne pense pas nécessairement, ou on n’a pas toutes les informations, vous nous les apportez, avec ce qui se passe de l’autre côté de la frontière, et il s’agit de voir ce qu’on peut mettre en oeuvre dans notre région. Effectivement, j’ai utilisé votre question pour donner instruction à l’administration sur toute une série de points que je viens de relever ici.

Mme Annick Saudoyer (PS). – Je remercie M. le Ministre pour sa réponse.

Il n’y a pas que votre région qui est maintenant la zone la plus à risque.

 

Réponse de M. Benoît Lutgen, Ministre des Travaux Publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine. – Non, bien sûr, mais c’est la plus touchée. Il s’agit d’une région endémique.

 

Mme Annick Saudoyer (PS). – J’aime beaucoup votre région, donc il n’y a aucun souci. Vous parliez de votre région, mais je pense qu’il ne faut pas sous-estimer les risques dans les autres régions. Je le sais puisqu’une amie, de Mouscron, en est décédée; elle s’est simplement promenée dans les bois et a mangé des mûres, des myrtilles. Effectivement, il ne faut pas du tout sous-estimer ce problème.