Voici la question orale posée lors de la séance du Parlement de la Communauté française du mardi 16 novembre 2010 à Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de l’Enseignement obligatoire et de Promotion sociale, intitulée « Dyscalculie : état de la question ». Vous trouverez également la réponse apportée par la Ministre Simonet.
Mme Annick Saudoyer (PS). – La dyslexie, trouble de l’apprentissage de la lecture, est un terme largement connu du public contrairement à la dyscalculie, sa contrepartie en mathématiques. Les dyscalculiques éprouvent des difficultés à se repérer dans l’espace ou à manipuler dates, heures et mesures. Il en résulte parfois une incompréhension des symboles mathématiques, qui peut avoir des effets extrêmement invalidants : retard scolaire, soucis affectifs et familiaux, difficultés d’insertion sociale et professionnelle, etc. Les élèves souffrant de ce trouble sont exposés à toutes sortes de contraintes.
Aucun dépistage systématique n’est apparemment prévu. Pourtant il est fondamental de détecter la dyscalculie au plus vite, car la rééducation est généralement très longue. Toute une série de signes devraient attirer l’attention de l’entourage des personnes souffrant de ce dysfonctionnement.
Les services de la Communauté française font-ils la distinction entre dyslexie et dyscalculie ? Connaissez-vous le nombre d’élèves dyscalculiques en Communauté française ?
Durant leur formation continuée, les enseignants peuvent suivre une formation spécifique. A-t-on un retour sur sa fréquentation ?
Quelles sont les mesures utilisées par les CPMS pour détecter la dyscalculie et comment les élèves qui en souffrent sont-ils pris en charge ?
Réponse de Mme Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement obligatoire et de Promotion sociale. – La dyslexie et la dyscalculie sont effectivement deux troubles distincts. On pourrait y ajouter la dysphasie, la dyspraxie, la dysgraphie, les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité, etc.
L’an dernier, une circulaire concernant l’adaptation des modalités de passation des épreuves CEB a été adressée aux établissements scolaires afin de sensibiliser les équipes éducatives aux troubles de l’apprentissage. Prochainement, une plaquette extrêmement documentée expliquera en détail aux directions des établissements scolaires en quoi consistent ces troubles et la manière de les aborder. Tous les enfants, quelles que soient leurs fragilités, ont le droit de progresser.
Ce document a pour objectifs de donner une information complète pour faire connaître les troubles spécifiques d’apprentissage et leurs conséquences ; de repérer et de diagnostiquer les troubles. Les équipes éducatives sont les mieux placées pour en déceler les premiers signes.
Il a également pour objectifs de stimuler la collaboration entre enseignants et logopèdes ou, de manière plus large, entre toute l’équipe éducative et les spécialistes – l’enseignant ne peut assumer seul cette tâche et, dans certains cas plus graves ou compliqués, il doit pouvoir passer le relais –, d’aménager l’espace et de soutenir leurs élèves : les équipes éducatives et les spécialistes peuvent imaginer des aménagements utiles dans la classe ou à la maison pour venir en aide aux enfants.
Il vise aussi à informer sur la réglementation, sur la procédure à suivre, par exemple pour l’aménagement de la passation des épreuves externes certificatives, et à se former, s’outiller, renseigner les équipes éducatives sur les ressources existantes que l’on peut également consulter sur le site « www.enseignement.be ».
Vous m’avez interrogée sur les chiffres relatifs au nombre d’élèves atteints de ce trouble.
Il n’existe à ce propos aucune donnée statistique précise mais il me semble essentiel de tenir compte du développement de chaque enfant. En effet, personne ne peut affirmer que les enfants se développent au même rythme. Il vaut donc mieux attendre avant de poser un diagnostic si ce n’est celui des équipes pédagogiques. Cependant, cela ne doit pas nous empêcher d’agir. Certes, il est difficile d’envisager un dépistage systématique pour tous les troubles qui peuvent se manifester à des âges différents. Certains troubles peuvent apparaître à la fin de la maternelle, d’autres plus tard.
Un seul dépistage pourrait donner l’illusion que l’enfant se porte bien alors que des troubles pourraient survenir plus tard. La systématisation est impossible car chaque cas est particulier et aucun moment précis ne peut être déterminé pour l’apparition des problèmes.
La dyscalculie est un trouble d’apprentissage multiforme, d’intensité variable, régulièrement associé à d’autres difficultés scolaires, personnelles, affectives, familiales, relationnelles ou sociales qui en constituent à la fois la cause et la conséquence.
Le rôle des équipes tridisciplinaires des centres PMS est essentiel, non seulement dans le repérage des difficultés, en collaboration avec les enseignants, mais aussi dans l’identification des troubles et dans la mise en place de conditions d’apprentissage adaptées aux besoins spécifiques de l’élève. Ce travail ne peut être mené à bien qu’en collaboration avec l’élève, ses parents, l’équipe enseignante et d’autres professionnels spécialisés en dyscalculie, comme les logopèdes.
La dyscalculie fait partie depuis plusieurs années des programmes de formations de l’IFC. Ses objectifs consistent à comprendre les difficultés inhérentes à la dyscalculie, à développer des stratégies d’aide aux apprentissages et à partager et analyser ses propres pratiques pédagogiques développées en présence d’élèves présentant des troubles de ce type.
Cette année, deux sessions de formations sur la dyscalculie seront organisées. Une première est déjà complète et accueillera vingt personnes. La deuxième offre encore neuf places disponibles. Ces formations sont réservées aux membres du personnel travaillant avec des enfants n’ayant pas une connaissance des vingt premiers nombres mais qui présentent des troubles du calcul mental et écrit. Cette année, seul un opérateur propose des formations sur la dyscalculie.
Pour conclure, je vous informe que je soutiens une recherche en éducation sur la dyscalculie, en collaboration avec l’UCL. Son objectif est d’élaborer des outils de diagnostic à l’usage des professionnels pour les élèves des 3e, 4e, 5e et 6e primaires.
Mme Annick Saudoyer (PS). – Je remercie la ministre pour sa réponse très complète.
Je constate son intérêt pour cette question et sa volonté d’aider les enseignants à détecter ce trouble. La détection me paraît essentielle ; il appartient ensuite aux spécialistes d’intervenir pour le traitement.

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