Voici la question orale posée lors de la séance du Parlement de la Communauté française du mardi 17 novembre 2009 à Mme Fadila Laanan, Ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Egalité des Chances, relative à la « prévention du parasite transmis par le renard, susceptible de provoquer l’échinococcose alvéolaire humaine ». Vous y trouverez également la réponse de la Ministre Laanan et la discussion qui a suivi.
Mme Annick Saudoyer (PS). – Interpellée par un article publié récemment par les quotidiens du groupe Sud Presse, relatif à un parasite transmis par le renard dans nos contrées et provoquant l’échinococcose alvéolaire qui peut s’avérer mortelle pour l’homme, j’ai effectué quelques recherches afin de voir si des mesures devaient, pouvaient ou étaient prises et par quelle autorité.

En résumé, ce parasite transmissible aux animaux domestiques et à l’homme est surtout véhiculé par le renard. Or, depuis l’éradication de la rage, cet animal a fait son retour en force dans nos régions, y compris dans le milieu urbain de la Région bruxelloise.
Selon l’article évoqué, en 2008, sur 5.258 renards piégés dans le Nord de la France, 67 % étaient contaminés par le virus. La seule étude menée sur la question en Région wallonne remonte à 2003 où 41 % des 178 renards abattus étaient atteints.
Bien sûr, je ne vais pas interroger la ministre sur l’opportunité de chasser l’animal ou de procéder à une limitation de la progression de sa population, mais sur la prise de conscience des risques et les mesures éventuelles à prendre à l’égard de certains groupes qui pourraient être confrontés à ce parasite. Je pense aux agriculteurs, aux gardes-chasse et aux chasseurs, mais aussi à toutes les personnes ayant des activités ou des loisirs en forêt ou résidant à proximité de forêts. En effet, outre le renard, les baies, les pissenlits ou les champignons ramassés dans les bois constituent aussi des véhicules de transmission. La contamination passe par l’ingestion d’œufs de parasites lors de contacts directs avec des animaux infectés ou lors de contacts indirects, c’est-à-dire via les excréments de ces animaux souillant des végétaux.
Aussi convient-il de s’assurer que des moyens sont ou seront développés pour assurer une information et une prévention optimales afin d’éviter un phénomène épidémiologique qui peut encore, à ce stade, être enrayé. Rappelons qu’il s’agit d’un parasite dangereux, puisque lorsqu’il s’attaque à l’homme, il détruit le plus souvent le foie, mais peut aussi se diffuser dans les poumons ou le cerveau et ce, bien souvent des années après l’ingestion des œufs. À l’instar du cancer, il n’existe aucun symptôme préalable et lorsque la maladie se déclare, il est quasiment trop tard.
L’Institut fédéral de santé publique a publié sur son site une cartographie de l’échinococcose qui date de 1999. Elle ne recense pas d’infestation particulière en Région wallonne, mais l’évolution de la population des renards nécessiterait une actualisation de la carte. Il est indiqué que, selon les chiffres disponibles, le nombre de cas est encore très faible, une quinzaine depuis 1999. Il y a tout lieu de s’en réjouir – mais je n’y crois pas trop –, d’autant qu’il n’existe à ce stade aucun vaccin.
Toutefois, puisque dix à quinze ans peuvent s’écouler entre l’infection et les premiers signes cliniques et qu’un diagnostic précoce peut être établi par un simple test remboursé par l’Inami, je pense qu’il faut se coordonner avec l’ensemble de vos collègues concernés, des niveaux fédéral, régional et même communal, afin de veiller à sensibiliser les personnes-ressources.
Il faut également veiller à diffuser les consignes lues sur le site de l’Institut, au-delà du seul plateau ardennais, comme porter des gants à usage unique et un masque pour manipuler les renards et autres animaux infectés, vivants ou morts, ainsi que leurs excréments, éviter de consommer des légumes crus provenant de jardins accessibles à des renards ou des fruits sauvages crus provenant d’un endroit potentiellement souillé par des renards infectés. Je rappelle que le lavage ne suffit pas et que la congélation ne tue pas le parasite. Il faut absolument cuire les aliments, selon des modalités strictes que je n’énumérerai pas ici. Il faut également se laver les mains à l’eau chaude et au savon après tout travail impliquant un contact avec de la terre potentiellement contaminée ou après avoir brossé ou caressé un chien ou un chat ayant séjourné dans une région à risque, sachant que désormais toutes les régions sont à risque. On recommande aussi de vermifuger toutes les quatre semaines avec un médicament actif sur ce parasite, tel le Praziquan, les chiens et les chats vivant dans une région potentiellement à risque.
Pouvez-vous me donner plus d’informations sur les mesures mises en œuvre par la Communauté française ?
Partagez-vous le point de vue selon lequel, sans être alarmiste, bien sûr, il importe de se pencher sur le sujet ?
Réponse de Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Comme le précise Mme Saudoyer, les cas d’échinococcose sont heureusement très rares car il s’agit d’une maladie potentiellement grave. Sur la base des statistiques disponibles, une quinzaine de cas ont été recensés depuis 1999. La maladie concerne essentiellement les personnes qui ont une activité agricole ou forestière : les agriculteurs, les gardes-chasses, les chasseurs et les randonneurs. Les informations relatives à cette maladie et à son mode de contamination ainsi qu’à la localisation des renards infectés sont facilement accessibles, notamment sur le site Internet de l’Institut scientifique de santé publique.
Compte tenu du fait que cette maladie est rare et surtout qu’elle ne touche que des publics très particuliers, il n’a pas semblé utile que la Communauté française mène des campagnes d’information à destination du grand public. Par contre, il faut effectivement bien informer certaines catégories de personnes, notamment les professionnels du milieu forestier et les chasseurs qui fréquentent des zones de contamination endémique. Il existe aussi une localisation de renards infectés dans des zones spécifiques, notamment dans les Ardennes. Les personnes susceptibles d’être contaminées dans ces zones sont censées être informées, notamment par toute la littérature spécifique : les journaux professionnels, les revues, les notes de service destinées à ces publics.
Vous avez sans doute interrogé M. Benoît Lutgen, ministre de l’Agriculture de la Région wallonne. Pour ma part, j’ai pris contact avec ma collègue, Mme Huytebroeck, qui compte, parmi ses compétences, les politiques de la jeunesse. En effet, les scouts, sans être initialement un public cible, pratiquent certaines de leurs activités en forêt.
Avec Mme Huytebroeck, nous allons chercher les moyens d’informer les publics visés, sans dramatiser la situation, car, même s’il s’agit d’une maladie grave, seuls quinze cas ont été diagnostiqués. Peut-être les organisations de jeunesse, par le biais de leurs publications, pourraient-elles transmettre cette information.
Les questions qui me sont posées dans cette commission sont toutes pertinentes. Toutefois, l’enveloppe budgétaire de la Communauté française ne lui permet pas d’assurer des campagnes d’information et de prévention pour toutes les questions de santé. Mais il est exact que, dans le cas présent, d’autres publics que les professionnels de la forêt pourraient être contaminés.
J’espère vous avoir montré notre bonne volonté. Nous cherchons le moyen de toucher les publics cibles, comme dans le cas du dépistage du cancer colorectal. Les campagnes d’information et de prévention de la santé doivent être menées là où évoluent les publics visés.
Mme Annick Saudoyer (PS). – Je vous remercie de considérer cette question avec sérieux, madame la ministre. Je le répète, si les cas sont encore rares, nous savons que le renard prolifère. En Wallonie picarde, d’ailleurs, on découvre des renards écrasés sur les routes, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici.
Les zones à risque sont donc de plus en plus larges. Les scouts ne sont pas les seuls concernés. Pensons aux classes vertes ou aux cueilleurs de champignons. Or, des conditions de cuisson strictes doivent être respectées pour tuer les larves de ce parasite.
Il conviendrait donc que vous preniez contact avec Mme Onkelinx pour que les médecins soient sensibilisés à la question et au dépistage de cette parasitose.

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